Première propriété

Première propriété

lundi 1 décembre 2014

Prologue
Bien que le titre parle de propriétaire, qui rappelle celui ou celle à qui appartient un bien immobilier, ce blogue ne parlera pas de maison comme bâtiment; ce n'est donc pas une chronique immobilière. Il sera effectivement question de maison, mais dans le sens de l'habitat et de son aménagement; toutefois, ce blogue n'en est pas un de décoration ni de jardinage. La distinction entre house et home n'existe pas en français; ce projet d'écriture s'intéresse davantage à la seconde manière d'envisager la maison. Home: lieu de vie d'une famille. Le terme « foyer » serait le plus proche de cet anglicisme.  En effet, ces carnets d'une propriétaire occup(ée) refléteront mes pensées, puisées de mon quotidien familial depuis l'emménagement dans ma nouvelle propriété. Par ailleurs, l'achat de cette maison constitue l'un des nombreux prétextes au déclenchement de ce projet d'écriture. Celui-ci se voit octroyer ce titre parce que, tout d'abord, son amorce coïncide avec mon installation dans un nouvel appartement, ma première propriété. Si, auparavant, j'ai énormément écrit sur ma vie d'adolescente, ma vie amoureuse et ma vie de maman, je n'ai jamais eu la force de trouver la voix qui me lancerait sur la voie de l'écriture publique. De la publication. Et de tout ce qui vient avec. Bref, cette première maison me permettrait-elle de faire du carnet la première porte m'appartenant entièrement, dont je dispose totalement pour entamer non seulement une nouvelle vie en tant que propriétaire mais aussi en tant qu'auteure? Je le souhaite ardemment.
Par ailleurs, quelle est l'utilité du terme « occupée »? D'emblée, il semble que l'association du nom propriétaire et du verbe passif être occupée renvoie au fait d'être ni libre ni disponible et, ainsi, d'être trop souvent prise par une autre tâche. Elle reflète parfaitement la vie de toute personne aux prises avec des responsabilités, immobilières ou non. La liste des choses à faire s'allonge au fil des heures, se prolonge de manière non proportionnelle avec le temps dont on dispose pour accomplir toutes les tâches. Paradoxalement, j'ai décidé, à travers ce projet d'écriture, d'accorder du temps à la création. De m'imposer des pauses de tâches - non seulement domestiques (puisqu'il est ici question de maison), mais aussi professionnelles, maternelles, etc. - pour m'installer à mon bureau, devant l'écran, et me laisser absorber par lui, inspirer aussi, pour enfin déballer mes préoccupations en tapotant le clavier et en espérant que cette chorégraphie délirante remplisse le document Word de récits et/ou de réflexions qui formeront les carnets de mes échecs et de mes victoires au quotidien, c'est-à-dire un carnet rempli de billets du fil de mes humeurs.
Être occupé, ça veut aussi dire être tenu sous une domination étrangère; être envahi par un ennemi. Cette seconde définition s'applique également à mon état. Bien que je sois propriétaire et qu'à travers ce statut, ajouté à ceux d'enseignante et de mère, j'aie de plus en plus l'impression d'occuper le territoire de mon existence, d'en prendre possession et d'en devenir l'unique maîtresse, il ne demeure pas moins que cette sensation d'être emplie par autre chose, une chose qui serait comme une boule d'angoisse aiguë, me tourmente. Cette sensation me poursuit, jour après jour, fragmente ma vie et mes humeurs. Me donne la vertige. Certains jours, elle me cause même de terribles nausées. J'ai appris, au fil du temps, qu'elle ne risque pas de me quitter, cette angoisse existentielle, et que tout ce que je puisse espérer de mieux, c'est d'apprendre à la gérer. Écrire est une manière de s'y prendre. Donc, prendre le temps d'écrire, c'est prendre le temps de m'apaiser. De ramasser des traces de mon vécu éphémère. Celui de ma fille aussi. D'en faire des archives éternelles. D'occuper mon espace. D'habiter ma maison, et aussi  le monde, pour y séjourner de manière durable. Malgré la fugacité de l'existence. Fugacité vaporeuse. Celle de la vie, celle du cyberespace aussi, me semble-t-il.
Si certains écrivent parce qu'ils chantent mal*, de mon côté, j'écris pour ne pas aller chez mon psy (trop souvent). 


*Référence au blogue (et au livre) de Daniel Rondeau: http://www.danielrondeau.com/.
Je le crois quand il écrit qu'il chante mal, mais je me permets d'indiquer qu'il a un sacré talent d'écriture. 

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