Prologue
Bien
que le titre parle de propriétaire, qui rappelle celui ou celle à qui
appartient un bien immobilier, ce blogue ne parlera pas de maison comme
bâtiment; ce n'est donc pas une chronique immobilière. Il sera effectivement
question de maison, mais dans le sens de l'habitat et de son aménagement;
toutefois, ce blogue n'en est pas un de décoration ni de jardinage. La
distinction entre house et home n'existe pas en français; ce projet
d'écriture s'intéresse davantage à la seconde manière d'envisager la maison. Home: lieu de vie d'une famille. Le
terme « foyer » serait le plus proche de cet anglicisme. En effet, ces carnets d'une propriétaire
occup(ée) refléteront mes pensées, puisées de mon quotidien familial depuis
l'emménagement dans ma nouvelle propriété. Par ailleurs, l'achat de cette
maison constitue l'un des nombreux prétextes au déclenchement de ce projet
d'écriture. Celui-ci se voit octroyer ce titre parce que, tout d'abord, son
amorce coïncide avec mon installation dans un nouvel appartement, ma première
propriété. Si, auparavant, j'ai énormément écrit sur ma vie d'adolescente, ma
vie amoureuse et ma vie de maman, je n'ai jamais eu la force de trouver la voix
qui me lancerait sur la voie de l'écriture publique. De la publication. Et de
tout ce qui vient avec. Bref, cette première maison me permettrait-elle de
faire du carnet la première porte m'appartenant entièrement, dont je dispose
totalement pour entamer non seulement une nouvelle vie en tant que propriétaire mais aussi en tant qu'auteure? Je le souhaite ardemment.
Par
ailleurs, quelle est l'utilité du terme « occupée »? D'emblée, il semble que
l'association du nom propriétaire et du verbe passif être occupée renvoie au
fait d'être ni libre ni disponible et, ainsi, d'être trop souvent prise par une
autre tâche. Elle reflète parfaitement la vie de toute personne aux prises avec
des responsabilités, immobilières ou non. La liste des choses à faire s'allonge
au fil des heures, se prolonge de manière non proportionnelle avec le temps dont on
dispose pour accomplir toutes les tâches. Paradoxalement, j'ai décidé, à
travers ce projet d'écriture, d'accorder du temps à la création. De m'imposer
des pauses de tâches - non seulement domestiques (puisqu'il est ici question de
maison), mais aussi professionnelles, maternelles, etc. - pour m'installer à
mon bureau, devant l'écran, et me laisser absorber par lui, inspirer aussi,
pour enfin déballer mes préoccupations en tapotant le clavier et en espérant
que cette chorégraphie délirante remplisse le document Word de récits et/ou de
réflexions qui formeront les carnets de mes échecs et de mes victoires au
quotidien, c'est-à-dire un carnet rempli de billets du fil de mes humeurs.
Être
occupé, ça veut aussi dire être tenu sous une domination étrangère; être envahi
par un ennemi. Cette seconde définition s'applique également à mon état. Bien
que je sois propriétaire et qu'à travers ce statut, ajouté à ceux d'enseignante
et de mère, j'aie de plus en plus l'impression d'occuper le territoire de mon
existence, d'en prendre possession et d'en devenir l'unique maîtresse, il ne
demeure pas moins que cette sensation d'être emplie par autre chose, une chose
qui serait comme une boule d'angoisse aiguë, me tourmente. Cette sensation me
poursuit, jour après jour, fragmente ma vie et mes humeurs. Me donne la
vertige. Certains jours, elle me cause même de terribles nausées. J'ai appris,
au fil du temps, qu'elle ne risque pas de me quitter, cette angoisse existentielle,
et que tout ce que je puisse espérer de mieux, c'est d'apprendre à la gérer.
Écrire est une manière de s'y prendre. Donc, prendre le temps d'écrire, c'est
prendre le temps de m'apaiser. De ramasser des traces de mon vécu éphémère. Celui
de ma fille aussi. D'en faire des archives éternelles. D'occuper mon espace.
D'habiter ma maison, et aussi le monde,
pour y séjourner de manière durable. Malgré la fugacité de l'existence.
Fugacité vaporeuse. Celle de la vie, celle du cyberespace aussi, me semble-t-il.
Si certains écrivent parce qu'ils chantent mal*, de mon côté, j'écris
pour ne pas aller chez mon psy (trop souvent).
*Référence au blogue (et au livre) de Daniel Rondeau: http://www.danielrondeau.com/.
Je le crois quand il écrit qu'il chante mal, mais je me permets d'indiquer qu'il a un sacré talent d'écriture.
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